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C.N.R.S.
 
Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500)

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ÉCHEC FEW XIX sah
ESCHEC, subst. masc.
[T-L : eschec1 ; GDC : eschec ; FEW XIX, 166b : sah ; TLF VII, 637a : échec1/échec2]

A. -

JEUX

 

1.

"Jeu qui se joue à deux personnes sur un damier de soixante-quatre cases, avec huit pièces et huit pions de chaque côté, échecs ; pièce de ce jeu" : Adonc sur.I. fosse monter Me fist la vielle et regarder En une plaine un bel moustier Fonde de lez .I. eschequier Ou il avoit menus et gros Esches des quiex je vi les ros Et les chevaliers et le roi Qui en menoient grant desroi. Chascun (d'euz) avoit caint s'espee Qui (me) fu chose desguisee. (Quar) autre foys joue avoie Aus eschez et nul n'(en) avoie Veu qui fust de tel maniere. (GUILL. DIGULL., Pèler. vie hum. S., c.1330-1331, 285-286). Et la n'ot il celui ne celle, Qui se vosist esbanier, Dancier, chanter ou festier De tables, d'eschaz [var. desches], de parsons, Par gieus, par notes ou par sons, Qui la ne trouvast sans arrest A son vueil l'esbatement prest. (MACH., R. Fort., c.1341, 146). Pour 2 tabliers de fust garnis de tables et d'eschez, achatez en rue neuve Nostre-Dame, et délivrés en la garderobe du Roy (Comptes argent. rois Fr. D.-A., I, 1352, 135). La tierce [excercitacion] est a recreacion et repos de sollicitude et de labeur de corps ; si comme gieu de tables et de eschés. (ORESME, E.A.C., c.1370, 390). Pierre Cardeau, limosin, pour II tabliers de ciprès, ouvrez et garniz de tablez et eschaiz, achetés de lui 6 frans la pièce, pour l'ébatement du Roy (Comptes hôtel rois Fr. D.-A., 1383, 215). L'autre raison sy est pour ce que cely qui ordena le gieu vouloit qu'il y eust, tant d'une part que d'autre, .XVJ. eschez en chascune, et que chascun eschec eust son propre point ouquel fut assiz determineement pour la bataille a son droit commencier. Et par ainsy il estoit neccessere que les eschés, qui sont ordenés .XXXIJ. - .XVJ. d'une partie et .XVJ. aussi de l'autre - occupassent aussi de l'eschiquier .XXXIJ. poins ; et pour ce que on peust raisonablement traire des eschez dessusdiz, pour ce convint il ordener qu'il y eust de poins vuis autant come de plains au commencier du gieu ; et par ainsy, il fu neccessité qu'il y eust .LXIIIJ. poins en l'eschiquier, c'est assavoir .XXXIJ. plains de eschés et .XXXIJ. vuis (EVR. CONTY, Eschez amour. mor. G.-T.R., c.1400, 608). Li cevaliers (...) mena mesire Carle de Blois en Engleterre et le mist ens ou chastiel a Londres avoecques le roy David d'Escoce ; et la jeuoient ils et s'esbatoient as escés et as tables. (FROISS., Chron. D., p.1400, 819). ...achat de deux tabliers de cyprès couvers de cuir vermeil, tables et eschaz (Comptes roi René A., t.2, 1451, 318). ...unes besaces de pluseurs patenostres de toutes sortes, où a dedens des eschetz de cristal. (Comptes Lille L., t.2, a.1467, 193).

 

-

Jeu d'eschecs/des echecs : ...un chevalier de Flandres (...) m'a envoiiet le plus biel jeu de eschès que je veisse onques. (FROISS., Chron. L., V, c.1375-1400, 91). Nous devons donc savoir que le jeu des eschez a esté comparé des anciens a pluseurs choses. Aucuns, premierement, ont ce jeu comparé a nostre policie humaine et a la civile communité car tout aussi que en la cité bien ordenee a gens de pluseurs estas et qui ont ars et offices divers (EVR. CONTY, Eschez amour. mor. G.-T.R., c.1400, 3). ...pour ce faint il et veult ainsy moustrer secretement, par le gieu des eschez, come il fu en sa jonesce au gieu finablement matés en l'angle d'une fierge (EVR. CONTY, Eschez amour. mor. G.-T.R., c.1400, 603). Et dient aucuns que il trouva le gieu des esches et de telz semblables. (CHR. PIZ., Ep. Othea L., c.1400-1401, 267). ...et si a ung livre moralisé du Jeu des Eschesz (JUV. URS., Verba, 1452, 204). ...pour ung jeu d'eschaitz et un jeu de tables, le tout d'ivoyre (Comptes roi René A., t.3, 1478, 49). Cestui fut stippendié d'un grant prince, tirant et mal condicionné, et, voyant qu'il ne le povoit corriger par nulle discipline, ne retirer par nul enseignement de ses mauvaises inclinacions, à ceste cause, pour exemple familliere, il lui composa le jeu des eschetz, qui est de grande consideracion et dure jusqu'à present. (SIMON DE PHARES, Astrol., c.1494-1498, f° 45 v°).

 

-

Jouer aux eschecs : Lors s'en parti et s'en revint arrière à leur logeis, et trouva le conte de Haynau, son neveu, qui jeuoit as eschés au conte de Namur. (FROISS., Chron. L., II, c.1375-1400, 33). ...et le ramposnoient De ce qu'il yert la, a sejour, Jouant aux eschés toute jour. (CHR. PIZ., M.F., III, 1400-1403, 120). ...duex grans tabliers, estans ou chasteau d'Angiers, pour jouer aux eschecz (Comptes roi René A., t.1, 1452, 185). ...les aultres vont jouer és tables, aux eschecqs et a aultres geus plaisans. (BAGNYON, Hist. Charlem. K., c.1465-1470, 98). C'est tresbien dit. Jouons aux excés. (Pass. Auv., 1477, 201).

 

2.

P. méton. [Situation dans ce jeu]

 

-

Eschec (au roi). "Coup par lequel le roi est mis en prise (mot prononcé pour avertir l'adversaire de cette situation)" : A l'autre trait aprés aussi sisieme, la jone damoiselle trait de son chevalier mesmez dessusdit de .cm. en .do., et la prist son auffin qui y estoit devant, c'est a dire Desir, et avec ce dit : "eschec" a son roy (EVR. CONTY, Eschez amour. mor. G.-T.R., c.1400, 757). Elle d'ung chevalier ung aultre jeu jua, A Huon print ung rocq et eschecq dit lui a. (Huon Bordeaux B., c.1400-1450, 163).

 

.

P. anal. Eschec ! "Attention, prenez garde" : Il en avoit la guerre, Eschecq a l'huys, cest fait, c'est mon ! (COQUILL., Oeuvres F., 1478-p.1494, 8).

 

-

Eschec et mat. "Coup par lequel le roi est battu" : Tant dura le jeu longuement que les coqs chanterent au jour, et lors dist le bourgois a Berinus "eschec et mat", car il avoit perdu senz et toute contenance (Bérinus, I, c.1350-1370, 44). Mais assis, il n'a de pourchas, Ne que li princes des eschas A qui on dit eschac [var. eschec] et mat. Amis, garde toy de tel mat Et ne te met a portion, Car ce seroit desrision, Qu'on ne scet en tele aventure Com longuement la chose dure. (MACH., C. ami, 1357, 120). ...il est neccessitez que le paonnet dessusdit, au quart trait qu'il fera, le trouve [le roi] lors en .bq. et qu'il lui die : "eschec" en traiant de .ao. en .ap. ; et lors sauldra la fierge qui traira de .co. en .bp. en lui disant : "Eschec et mat en l'angle !" (EVR. CONTY, Eschez amour. mor. G.-T.R., c.1400, 764).

 

.

Donner eschec et mat (à qqn). "Ruiner, anéantir qqn/qqc. " : Ilz ont fait leur personnage ; la mort en ung mouvement leur a donne [l. donné] tantost eschec et mat, et sont boutez en terre. (GERS., Réf. roy. G., 1405, 1163). ...Je luy donray par mes divers pourchas Avant ung mat pluseurs poingnans eschas. (Lyon cor. U., 1467, 33). [À la guerre] Tout y va, corps, ame, biens, gaiges ; La vie y branle, et nostre estat : Ung seul coup donne eschec et mat. (GAGUIN, Passe temps oisiv. T., 1489, 406).

 

-

[Dans un cont. métaph.] : Bien est voirs qu'elle [Fortune] se debat Pour eaus avancier, et combat, Et leur preste honneur et estat Ne sai quens mois. Mais partout ou elle s'embat, De ses gieus telement s'esbat Qu'en veinquant dit : "Eschac [var. eschat, eschech, eschec] et mat !" De fiere vois. Einsi m'a fait, ce m'est avis, Fortune que ci vous devis. (MACH., R. Fort., c.1341, 43). J'ay aux eschés joué devant Amours, Pour passer temps, avecques faulx Dangier, Et seurement me suy gardé tousjours, Sans riens perdre jusques au derrenier Que Fortune lui est venu aidier. (CH. D'ORLÉANS, Ball. C., c.1415-1457, 82).

B. -

Au fig. "Ravage (de bataille), revers que l'on subit" : ...comment Fribourt estoit prinse, dont le conte et tous les autres furent moult doulens, et leur compta le messaige la maniere et comment. Par foy, dist le duc d'Osteriche, ces gens sont soubtives et bonnes gens d'armes, et qui moult font a doubter. Qui n'y pourverra de remede, ilz nous pourront bien donner un grant eschac. (ARRAS, c.1392-1393, 286). Trop bien estoint mis hors d'eschac ; Joué avoint d'une couverte (SAINT-ANDRÉ, Livre Jean de Bret. C., c.1400, 500). Dieux ! comme fut celle journee mervilleuse d'avoir tant perdu de pueple d'une part et d'aultre ! Et plus sans comparison de la partie dez paiens que de celle dez crestiens. Mais le jour devant avoit esté si gros l'eschec que de la partie dez paiens avoit Salhadin trouvé qu'il luy failloit plus de deux .M. payens, qui estoit grand dommage pour eulx, et nonpourtant furrent ilz victorieux. (Saladin C., c.1465-1468, 60). Avecques eulx fut Charles de Brillac Maistre d'ostel, vaillant entre ung millier, Qui pour lors fist ung si terrible eschac, Que sur le champ il fut fait chevalier. (LA VIGNE, V.N., p.1495, 174). Prince dampné, scrupuleux coac, Germe mauldit, corps d'infernal eschac, Insaciable cornu, tigre estopic, Bec jaulne infect, temeraire ypodrac, Fol enraigé, qu'as tu mengé ? (LA VIGNE, S.M., 1496, 139). Praticiens, Soit d'aboc ou d'abac, Tant clercz que laiz, En usant de reproche, Auront des biens Pour eviter l'eschac Dens le Palais Du Roy de la Bazoche. (LA VIGNE, Compl. roy Bazoche M.R., 1501, 410).

 

Rem. Ou faut-il rattacher en tout ou en partie à eschiec (comme une ext. à partir de l'idée de "butin", cf. GD II, 380c, et FEW XVII, 75a, qui classe sous *skak les ex. relevés pas GD) ? Mais eschiec semble plutôt un mot d'a.fr. ; au sens de "butin", il ne se trouve plus au XVe s. ; seule l'ext. resterait donc vivante ? Uniquement sens de "butin" ds T-L III, 890-891.

V. aussi eschiec
 

Synthèse Robert Martin / Pierre Cromer
[AND : eschec2 ; DÉCT : eschec1]