C.N.R.S.
 
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     AVOYER1          AVOYER2     
FEW XIV via
AVOYER, verbe
[T-L : avoiier ; GD : avoier1 ; AND : aveier ; FEW XIV, 375b : via ; TLF : III, 1143b : avoyer2]

I. -

Empl. trans.

A. -

Avoyer qqn

 

1.

Au propre "Guider, conduire qqn, accompagner qqn en lui montrant le chemin" : Mais li lyons me convoia, Sans moy laissier, et m'avoia Tout droit par devers la nacelle Par une petite sentelle (MACH., D. Lyon, 1342, 233). Mon curé m'a ci envoiée Pour ce que je soie avoiée Par vous, chier sire. (Mir. mère pape, c.1355, 358). Adonc se sont li Alemant mis en cace apriès les François de Mortagne, et ont sievis les bonhommes dou pays, qui les avoiièrent parmi le bois. (FROISS., Chron. L., II, c.1375-1400, 57). ...par ycelle voye (...) es haulx estages l'avoye. (CHR. PIZ., M.F., I, 1400-1403, 119). Aussi est ce vostre mestier Des bons conduire et avoier (COUDRETTE, Mélus. R., c.1401-1402, 342).

 

2.

Au fig. : Celle qui desvoiez avoie Me vueille a l'ermitte avoier (Mir. enf. diable, c.1339, 41). Or vous ay je dit du chappel, Qui tant est vertueux et bel (...) Qui a maint grant bien m'avoya (CHR. PIZ., M.F., I, 1400-1403, 29). Dieu, qui les desvoyez avoye (LA VIGNE, S.M., 1496, 286).

 

-

[Dans un tour optatif] : ...se Dieus m'avoie (MACH., Voir, 1364, 172).

 

-

[De la voie] "Conduire, diriger" : Si n'est voie Qui m'avoie Comment descouvrir li doie Par nul tour (MACH., R. Fort., c.1341, 21). ...car il voit la voie Qui droit le conduit et avoie, Si qu'il ne se puet desvoier (MACH., D. Aler., a.1349, 305).

 

-

Avoyer qqn durement. "Mettre qqn à mal" : ...car lui souvenoit Que, une foiz, garde se donnoit D'un homme, qui tout ert playé Et trop durement avoyé. (CHR. PIZ., M.F., II, 1400-1403, 69).

 

-

Avoyer en. "Remettre en" : Car elle m'avoie En la droite voie D'onneur dont riens ne savoie. (MACH., Lays, 1377, 331). Mais vostre consolacion M'avez par vostre ange envoié Et mon cuer en joie avoié, Qui triste estoit et paoureux (Mir. fille roy, c.1379, 89).

 

3.

Avoyer qqn à qqc. / à + inf. "Conduire qqn à, le pousser à" : LE PAPE. Mercy, sire doulx Jhesu Crist : A bien faire ton peuple avoie (Mir. prev., 1352, 274). Je ne sçay qui m'y avoia Fors que Dieu, qui la m'envoia. (Mir. Berthe, c.1373, 239). Et leur prioit que, pour Dieu et par pité, il volsissent entendre à aucun trettiet d'acort, et avoiier le roy d'Engleterre à çou qu'il y volsist descendre. (FROISS., Chron. L., II, c.1375-1400, 80).

B. -

Avoyer qqc.

 

1.

Au propre "Diriger qqc." : NOSTRE DAME. Dy li qu'il adresce et avoie Ses yex a regarder sa hault, Et il me verra sanz default (Mir. emp. Julien, 1351, 221). Sa douceur fist mon cuer si tendre Que ne me pos onques deffendre Qu'il ne me faillist larmoier Et l'iaue du cuer avoier A l'ueil (MACH., Voir, 1364, 250).

 

2.

Au fig. "Mener, conduire qqc."

 

-

Part. passé. Bien avoyé. "En bonne voie" : Boutez vous touz deux la dedens ; Je ne mengeray mais des dens Si le vous aray envoié. Or est mon fait bien avoié, Si venist : je n'ay ceens ame (...) Il ne peut estre qu'il ne viengne Assez tost. (Mir. femme, 1368, 188).

 

-

Avoyer qqc. pour + inf. "Disposer qqc. à" : ...pour avoir mis un nouvel harnois ou camwiel dudit molin à eaue et un novel roet mettre ens, et le viez fer oster dudit roet et y mis un nouvel fer avec une nouvelle boiste, et la roe dudit molin mectre à cours et avoyer pour mouldre (Comptes Etat bourg. M.F., t.3, 1418-1420, 644).

II. -

Empl. intrans. ou pronom.

A. -

Au propre "Se mettre en route" : Adonc un message s'avoye. A Mellusigne tost l'envoye (COUDRETTE, Mélus. R., c.1401-1402, 203). Sy nous fault tenir autre voye, C'est que chascun de nous s'avoye Et nous en alons tous unys Presenter devant les Juïfz, Nous excuser encontre tous. (Myst. Pass. Troyes B., a.1482, 843).

 

-

"Se diriger (quelque part, vers qqn)" : Ainsi s'image m'envoia Par le vallet qui s'avoia A moi et me dist en recoi... (MACH., Voir, 1364, 172). ...chascuns s'avoie En sa maison (MACH., P. Alex., p.1369, 42). Or ne me scé j'ou avoier, Ne quel chemin tenir, par m'ame. (Mir. fille roy, c.1379, 53). ...adont il s'avoye Celle part, et moult chemina Ce jour (CHR. PIZ., M.F., IV, 1400-1403, 46).

 

-

[Cont. métaph.] : Quant pour vous si fort me desvoie Que je m'avoie De mort en voie (MACH., Lays, 1377, 291).

 

-

S'en avoyer, s'avoyer de qq. part. "S'en aller" : "Guide, ne t'en avoy. En ceste place demourras Juqu'atant que veoir pourras Comme le fait se portera..." (COUDRETTE, Mélus. R., c.1401-1402, 257).

B. -

Au fig.

 

1.

"S'engager (dans telle ou telle voie)" : Et y peut l'en soy avoier [dans le plaisir] selon superhabundance et selon deffaute. (ORESME, E.A., c.1370, 220).

 

-

"Trouver sa voie" : Et si n'est tour ne vent ne voie Qui nouvelles m'en face oïr Pour mon dolent cuer resjoïr, Ne qui mon scens face avoier Que vers li peüsse envoier Pour moy recommander a li (MACH., C. ami, 1357, 75).

 

2.

S'avoyer de + inf. "Se mettre à (faire qqc.)" : Alons nostre Dieu convoier, Et pensons de nous avoier D'un biau chant dire. (Mir. nat. N.S.J.C., c.1343, 224). Faites que soiez avoié De venir nostre espousé querre Et de le ramener bonne erre En sale (Mir. st Alexis, 1382, 303). ...je voy bien que vous estes avoyé de plaider, et j'ay volunté d'achever mes heures (C.N.N., c.1456-1467, 271).

III. -

[D'une période] Avoyé. "Engagé, passé" : ...contre raison, avoit fait prendre en ladicte ville d'Ypre, environ un mois avoié, Cristiain de le Veste t Brand, filz Hugues Stevins, frans hostes de nostredit terrouer du Franc... (Ordonn. Ph. le Hardi, Marg. de Male B., t.1, 1393, 571).
 

DMF 2020 - Article revu en 2015 Robert Martin

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